Quel impact la crise du covid 19 aura sur les marchés des assurances , sur le plan mondial , africain et congolais ?

Je n’avais pas spécialement pensé à écrire sur ce sujet, jusqu’à ce qu’ un de mes contact sur linkedin m’invite à un tel exercice.

A la réflexion, le sujet est passionnant à plus d’un titre.

D’abord sur la forme, les assureurs doivent reconnaître avoir été pris de court, car aucun d’eux n’avait certainement, même dans les scenarios les plus pessimistes, envisagé un ralentissement de l’économie  mondiale à cause d’une pandémie.

Nous en voulons pour preuve les  propos tenus par Frédéric DUROT, directeur du département dommages du courtier Siaci Saint Honoré, en marge des 28ème rencontres du risk management à Deauville.

Ce véritable tsunami sanitaire est venu balayer les certitudes économiques.

Le modèle économique mondial, qui était tout affairé à envisager les parades contre le réchauffement climatique et les nécessaires mutations imposées par la nouvelle prise de conscience mondiale issue des  cop  21 de Paris et 22 de Madrid ,sans compter les défis de la digitalisation toujours d’actualité, était loin de se douter qu’une sournoise crise sanitaire viendrait s’imposer comme un des termes de l’équation économique  mondiale.

De plus, cette crise a choisi sa période, qui coïncide malheureusement pour les assureurs à un terme important de renouvellement des polices.

En effet le mois de janvier est généralement le mois des encaissements pour les assureurs qui comptent encore beaucoup des contrats à échéance civile.

Comme un malheur ne vient jamais seul, cette crise qui tombe mal, on l’a déjà dit , va en plus provoquer très vite un arrêt  de la production. 

Cet arrêt de la machine productive mondiale aura et a déjà plusieurs conséquences :Les assurés, qui possèdent des contrats prévoyants des déclenchements garanties de compensation en cas de baisse de production pour des motifs aléatoires inconnus au moment de la souscription (les pertes d’exploitations sans dommage), sont fondés à déclarer le covid comme un sinistre éligible et exiger d’être indemniser.

D’ailleurs les statistiques de l’association des risk manager (AMRAE) le prouvent. Plusieurs  entreprises ont déjà introduit des  demandes d’indemnisations.

Cette hypothèse fort probable , sauf à imaginer que les assureurs aient trouvé la parade pour refuser d’engager ces types de garanties arguant du fait que la force majeure s’applique à tous, encore que cela viderait de tout  son sens la notion même d’assurabilité et son corollaire subséquent l’aléa. Mais bon admettons. Imaginons que les assureurs arguent cela! Ce qui voudrait dire que sur ce premier poste, ils ont gagné un répit les empêchant de décaisser immédiatement.

Mais qui peut parier que ces cas de refus de garantie résisteront à la pertinence d’un juge demain ? Il  suffira, en effet, que ce dernier considère que les assureurs en tant normale collectent de l’épargne jouant sur une conjoncture favorable et qu’il est équitable qu’en cas de retournement de conjoncture et ici typiquement pour des faits imprévisibles qu’il fussent mis, à juste titre, à contribution.

Donc, dans cette logique, ce répit ne sera que de courte durée. Viendra ensuite la question de la difficulté de recouvrement des primes.

Cette question va surtout impacter les intermédiaires qui ne vivent que de la commission sans possibilité, ni obligation de capitalisation en conjoncture normale.

Les courtiers, sans encaissement des primes pendant presque trois mois, auront du mal sans réserve importante de faire face. Heureusement, qu’ici ou là, des mesures sont prises pour soutenir l’économie et c’est ici le lieu d’interroger le dispositif ou plutôt l’absence de dispositif de secours au niveau africain et à fortiori au niveau congolais.

D’abord au niveau africain, il eut fallut que les ministres des finances de la zone CIMA , se réunissates pour adopter des mesures de sauvegarde du marché à l’instar de leurs homologues européens , car il faut bien compenser le manque à gagner des entreprises dans cette période de crise.

 Il eut fallut également que les Etats, notamment africains, provisionnent les assureurs à l’export qui se sont sans doute retrouvés à un risque totalement imprévisible d’insolvabilité soudaine.

Une fois tout cela dit, il ne faudrait quand même pas trop plaindre les assureurs qui rebondiront sans nul doute.

D’abord après la crise, l’appréhension des risques ne sera plus la même.

D’ailleurs les courtiers spécialisés enregistrent déjà une demande très forte de garantie sanitaire , vraisemblablement dans un contexte plus émotif que rationnel. Cependant ne négligeons pas cette tendance qui devrait s’affirmer après la crise, car désormais les risques de pandémie devront intégrer le logiciel utilisé pour évaluer les risques de façon globale.

Ensuite voilà une aubaine pour augmenter en douceur des tarifs qui n’ont peut-être spécialement besoin de l’être car finalement des garanties comme les faits de terrorismes, de guerres ou des cataclysmes, autre que sanitaire déjà existantes, ne sont pas toujours d’une pertinence à toutes épreuves.

Quoi qu’il en soit nous sommes prêts à parier que le marché des assurances d’avant la crise sanitaire, que nous traversons actuellement, ne sera pas le même qu’après la crise.

April 22, 2020

Par Herman MBONYO

Expert en ASSURANCES

Fondateur de la société congolaise des risk manager

Ancien directeur général de la SONAS

Président de la chambre de commerce mixte Tunisie -Rdc

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