


April 22, 2020
Par Herman MBONYO
EXPERT EN ASSURANCE
FONDATEUR DE LA SOCIETE CONGOLAISE DE RISK MANAGER
ANCIEN DIRECTEUR GENERAL DE LA SONAS
PRESIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE MIXTE RDC -TUNISIE
Parmi les nombreux enseignements à tirer de la crise sanitaire et économique liés au COVID 19, il y en a un qui est essentiel pour l’Afrique. Il tient à la nécessité pour nos économies de changer en urgence de modèle, cette alerte tient à deux vérités consanguines pour nous, si nous voulons rester dans la métaphore sanitaire qui est de circonstance aujourd’hui.
La première vérité : l’épisode Covid 19, comme le SRASS hier, n’est pas la dernière crise sanitaire, n’en déplaise aux millénaristes qui y voit un signe de fin des temps.
Il y aura très vraisemblablement d’autres crises, peut-être moins graves ou peut être plus graves, bien malin qui s’hasarderait à le prédire tant les connaissances scientifiques sur ces sujets sont encore balbutiantes.
La deuxième vérité c’est que, pas plus hier qu’aujourd’hui, l’Afrique n’est prête à faire face à une pandémie, les cas les plus vieux comme le paludisme, ou encore les nombreuses résurgences d’Ebola témoignent bien de la fragilité de nos instruments sanitaires.
De toutes ces vérités, découlent cependant une certitude, nous sommes encore maître de notre destin, même si désormais le temps nous ait compté. En réalité nos dirigeants ont déjà perdu la main sur ce sujet et d’autres, d’ailleurs la manière dont ils sont entrain de réciter leur bréviaire en ce moment, est assez symptomatique de cet état d’esprit, ils sont plus préoccupés à donner des gages aux maitres plus tôt qu’à nous inventer un futur.
A la question cruciale de ce que nous serons demain, et dans quoi nous vivrons, les réponses sont vagues, imprécises et les tentatives veines ou pas assez téméraires. Non, il ne s’agit pas de la recherche du grall, ni même de cette troisième voie insondable de Lumumba, Nkruma ou Boumedienne.
Aujourd’hui ici et maintenant, nul besoin de philosopher ni d’épiloguer, mais de s’imposer le bon sens comme aiguillons. Nous devons remettre le curseur là où il fait sens, revenir aux fondamentaux, et considérer que de tous les paradigmes en jeux, celui qui doit nous préoccuper est éminemment existentialiste, dans le sens d’endiguer cette menace imminente sur notre espèce.
Ici les mots sont pleinement assumés, et nous en mesurons la portée. Il s’agit bien d’alerter sur l’existence même de notre espèce africaine, comme être responsable et maitre de son destin.
Si nous n’y prenons pas garde, si nos sociétés civiles continuent à se complaindre dans cette léthargie si rassurante, avec ces promesses des lendemains meilleusr qui ont « soporisées » plus de deux générations depuis les glorieuses indépendances, et qui est entrain de s’attaquer à la troisième, celle des héritiers de Senghor et Césaire sans que personne ne s’insurge vraiment contre un ordre si bien établi, et qui veut que les africains soient aujourd’hui les derniers peuples pour qui tout, ou presque se décide encore ailleurs.
Pour ceux qui dormaient encore, la crise du COVID 19 est une extraordinaire opportunité pour enfin ouvrir les yeux, car d’une façon ou d’une autre, cette crise nous aura tous frappé de près, en nous tuant directement, et plusieurs d’entre nous malheureusement succomberont, non pas que la maladie soit plus virulente sous les tropiques, mais c’est le tribut qu’ils paieront pour un système de santé dont l’efficience est proche de 0, faute d’avoir investi dans ce secteur clef.
Malgré les constats, les études, les alertes, il est plus « sexy » pour nos chefs d’état, d’exhiber l’hélico de combat dernier cri, plutôt que doter l’hôpital général de sa capitale, du scanner ayant les meilleures fonctionnalités du marché.
D’autres encore mourront non pas du corona, mais de n’avoir plus rien à manger dans une économie incapable de supporter la moindre baisse d’activité des pays nourriciers au sein desquels nous venons nous abreuver de tout, mais surtout de leurs productions superflus, car même quand nous payons, nous n’osons pas exiger la qualité, il ne faut surtout pas fâcher le maitre encore moins le contrarier.
En définitive, le seul moyen pour sortir de cette relation schizophrénique, c’est finalement de faire comme des millions de couples, rompre, non pas parce que on ne s’aime plus, mais rompre parce qu’il n’est plus possible de vivre ensemble.
Ce vivre ensemble avec nos maitres d’hier, est devenu impossible parce que les maitres sont restés prostrés dans leur posture de déni, et ont oublié de dire à leurs fils qu’il leur léguait des empires sans esclaves. Le temps a changé, mais pas les acteurs de l’inconsciente politique occidentale, dans laquelle il y a toujours l’idée que l’Afrique plie mais ne rompe pas, il y a toujours un langage que les africains comprennent bien malgré tout, en cas de surchauffe, il suffira de magner cette dialectique de la peur du bâton, ou de l’appât de la carotte, spécialité bien connue des officines avec leurs noms si célèbres.
Mais là aussi, les pères de la politique africaine en Europe n’étaient pas stériles, car ils ont une grande descendance qui continue à sévir aujourd’hui de façon moins assumée qu’à l’époque de Papa. Notre nouveau monsieur Afrique n’est pas intéressé par le diamant, ni même par une partie de chasse privée avec nos tyrans, nos messieurs Afrique d’aujourd’hui, sont des fins stratèges qui nous font dire et faire ce qui sert les intérêts premiers de l’industrie occidentale, en nous infantilisant le plus possible, car ils savent fort bien qu’un enfant n’est pas à même de prendre des décisions.
Il suffirait pourtant de juste un peu de bon sens pour comprendre que nous faisons erreur depuis si longtemps. Nos économies ne méritent même plus cette appellation, car pour être une économie, il est une fonction première et primordiale que l’on doit remplir, celle de produire. Alors qu’en est-il d’une économie qui ne produit rien, et d’ailleurs, comment arrive-t-on à faire en sorte qu’une économie ne produise rien, dans un monde où il y a tant d’instruments financiers ? Comment s’y prend-t-on pour faire de nous des grands consommateurs de tout, et nous façonner pour consommer tout ce qui se fabrique en occident en plus avec une certaine fierté.
La corona nous le disions, offre à nos dirigeants le prétexte idéal pour rompre avec des mauvaises habitudes. L’Afrique est dans la situation de cette femme qui allaitait son bébé et se trouve subitement atteinte d’infection aux tétons, mais doit malgré elle, seuvrer l’enfant et chercher des solutions alternatives pour que celui-ci ne meurt pas.
Il est temps d’expliquer à nos enfants que les goyaves, les mangues ect… ne poussent pas en Europe, et que ces fruits sont meilleurs, consommés avant un voyage aller –retour de 8000 km, et reconditionnés sous forme liquide avec pleins d’adjuvants non naturels et parfois toxiques, au point des nous emmener des pathologies liées à un mode de vie qui n’est pas le nôtre fondamentalement.
Il est évident que parler de mangues, de goyaves ou de cures dents que nous importons, tout en nous targuant de posséder des grandes forêts, ne fait pas forcement sens même si en africain assumé, nous en assumons le symbolisme.
Cependant nous pouvons aussi parler des choix très structurants pour nos économies et qui pourraient changer du jour au lendemains la face du monde.
Tenez, une équation intéressante à méditer pour nos lecteurs qui veulent appréhender avec des vrais outils d’analyse prospective, les réalités des échanges économiques injustes entre l’Afrique et l’occident. En effet qu’adviendrait-il des industries occidentales d’armement, de téléphonie ou d’automobile, si les pays africains, producteurs des matières premières comme le coltan, le cuivre et le cobalt n’en produisaient plus, ou se retrouvaient subitement en rupture de stock ?
Et bien, il s’en suivrait que ces industries entameront une lente décroissance, ce qui au passage, n’est pas mauvais pour notre planète. Mais surtout elles négocieraient avec l’Afrique des meilleures conditions d’approvisionnement, peut être plus responsables et plus profitables à la population. Un peu d’ailleurs à l’image de la gymnastique que ces mêmes pays se livrent avec l’OPEP sur les cours du pétrole. Des exemples comme ça, il y en a légion, tant et si bien que nous avons consacré tout un ouvrage à ce sujet qui mérite mieux que quelques évocations.
Même si nous n’insisterons jamais assez pour dire qu’il est urgent de changer de modèle économique, condition pour transformer nos vies, car nous craignons qu’il ne nous reste plus assez de temps pour jouir de nos richesses, ces biens minéraux que nous possédons aujourd’hui en abondance et qui sont par nature épuisables et non renouvelables.
