


Il est parti presque comme il a vécu, à savoir discrètement.
Bien que saisi par l’émotion à l’annonce de sa mort, j’avais décidé d’intérioriser ma peine et de ne rien manifester qui puisse s’assimiler à de l’affect incontrôlé tant il m’a paru important de respecter la juste distance.
Cette distance de décence entre les proches affectés par ce deuil et nous autres, du troisième cercle, à savoir les connaissances.
Cependant, plus j‘essaie de m’éloigner du sujet et plus celui-ci s’impose à moi, en raison des circonstances certainement.
En effet, comment célébrer, ce 1ermai, jour de la fête du travail, sans avoir une pensée émue pour ce travailleur acharné qu’était Monsieur RUGUIZA ?
Pour que les choses soient claires et afin que nul ne se méprenne sur mes propos et mes intentions, Monsieur RUGUIZA, n’était pas un de mes proches, encore moins un ami, juste une rencontre au hasard de ma propre destinée professionnelle.
A l’époque, j’étais ADG de la SONAS, lui de l’OFIDA qui deviendra plus tard DGDA.
Le fait d’avoir vécu au même poste ce changement majeur dans la perception des missions de l’entreprise par l’Etat propriétaire, donne déjà une idée de la longévité au poste de ce super ADG.
À l’occasion de notre cohabitation sur le plan professionnel, j’ai retenu une anecdote qui m’a marquée et qui est sans doute restée en sommeil au fond de moi, c’est l’élégance de ce grand monsieur.
En effet, nous sommes en 2008 fin avril, l’association des entreprises du portefeuille ANEP, souhaite me confier la présidence de son syndicat et pour cela, il me faut l’adhésion de mes paires surtout, qu’à ce moment-là, la SONAS, que je dirige depuis 5 mois, n’est alors qu’une entreprise de série B à comparer aux mastodontes OFIDA, DGI, DGRAD et bien d’autres.
Avant d’accepter l’offre qui m’est faite, j’entreprends quand même de solliciter certains de mes paires pour m’assurer de leur soutien surtout qu’il y avait d’autre candidats potentiels.
J’appelle alors, entre autres, le patron de l’OFIDA et c’est là où l’homme va me marquer à vie par sa clairvoyance et son sens tout à fait particulier de la chose publique.
Après quelques minutes de courtoisie, j’en viens assez vite au sujet, à savoir la future élection à la présidence de l’ANEP.
Il faut avouer qu’en l’appelant, je n’avais pas préjugé de sa réponse et en mon fort intérieur, je m’étais déjà préparé à m’effacer s’il était lui-même candidat, compte tenu de son ancienneté au poste et de la catégorie de son entreprise.
Mais c’était mal connaître cet homme qui n’a pas que les allures de séminariste, mais le comportement aussi, car très vite nous sommes passés au registre de conseil et recommandation.
DEO RUGUIZA a, non seulement décidé de présenter et soutenir ma candidature, mais aussi de m’exposer ce qu’il aurait fait si cette tâche lui était confiée.
Ses conseils furent proposés avec une telle bienveillance que ce fût tout à fait agréable de les recevoir.
Durant tout le temps de mon mandat et jusqu’à ce que je sois arbitrairement suspendu de mes fonctions, il m’a toujours soutenu et respecté comme président.
Pendant mes déboires avec nos deux tutelles communes, il ne manquait jamais l’occasion de me réconforter et de m’inviter à relativiser.
Plus tard, plus de 10 ans après ce premier contact, j’ai eu à nouveau la chance de le croiser, toujours là où je l’ai laissé, à la tête de la DGDA et moi dans mon nouveau rôle de consultant.
Cette fois le dossier qui nous rapproche est plutôt explosif car il met en cause des intérêts supérieurs de l’Etat confronté à des partenaires étrangers que nous représentons.
Malgré l’antagonisme de nos positions le DG de la DGDA, ne m’a jamais refusé un rendez vous et à toujours tenu à répondre à toutes mes sollicitations téléphoniques, opposant un refus presque catégorique à toutes mes requêtes mais toujours avec courtoisie et ce sens particulier de l’ouverture, qui faisait que lorsque DEO fermait une porte, il suggérait d’en ouvrir une autre aussitôt.
C’est ce que nous pouvons qualifier de vraie grandeur d’âme : ne jamais abuser de sa position et toujours rester courtois et avenant.
C’est ainsi que vécu ce grand travailleur à qui il convient de rendre un hommage particulier en ce jour de la fête du travail.
